
Drôle, émouvant : La Famille Bélier un film qui fait du bien au coeur et à l'âme.
La Famille Bélier fait partie de ces films, dans la lignée d'Intouchables, les Petits Mouchoirs, dont on sait qu'ils vont rencontrer un joli succès populaire. Dans le cadre d'une longue tournée, le réalisateur Eric Lartigau, au terme d'une projection en avant-première au Mega Cgr des Deux Lions de Tours, est venu à la rencontre du public. Un public visiblement conquis par cette comédie dramatique plus que réussie, déclenchant rires et vives émotions chez les spectateurs tant le jeu des acteurs est bouleversant.
Mais quelle est donc l'histoire de cette famille Bélier à qui l'on s'attache dès les premières images du film ? Dans la famille Bélier, agricultrice, Rodolphe, le père, Gigi, la mère et Quentin le fils sont sourds et muets. Seule la fille aînée, Paula, 16 ans est entendante. C'est elle qui fait le lien entre sa famille et le monde des entendants. Elle est l'interprète indispensable de ses parents au quotidien. Un jour, Paula, s'inscrit dans la chorale du lycée pour se rapprocher d'un garçon, Gabriel. Son professeur de chant, Monsieur Thomasson lui découvre un don pour le chant, en est bouleversé et la pousse à préparer le concours de Radio France. Mais, faire ce choix de vie impliquerait pour elle de quitter le cocon familial, ses responsabilités et un passage obligé à l'âge adulte. Donc, va se poser pour elle un véritable questionnement, partagée entre l'envie de vivre son rêve : devenir chanteuse professionnelle et se sentir coupable de quitter sa famille qui a tant besoin d'elle comme interprète.
Eric Lartigau porte avec ce film, un joli regard sur l' handicap mais pas seulement. Avec ce film, il a réussi le pari de mettre en lumière le parcours initiatique d'une jeune adolescente, qui va quitter ses parents et le passage à l'âge adulte. Et de fait, il met l'accent sur nos peurs qui peuvent survenir lors de cet évènement important de notre vie.
Le film comporte quelques scènes épiques comme celle : du marché où Paula explique à une cliente comment la famille se partage le travail : elle sourit, je parle, il encaisse. Elle, la mère, c'est Gigi, interprétée par l'excellente Karine Viard : incroyable, exubérante dans son rôle d'agricultrice coquette mais tellement touchante aussi. François Damiens est très étonnant, bouleversant dans le rôle du père, Rodolphe qui, lui est plus intériorisé.
Pour le rôle de Paula, le réalisateur a choisi de faire confiance à Louane, demi-finaliste de Voice 2. Il a bien eu raison car elle s'est révélée ; en plus d'être une chanteuse très douée à la voix magnifique ; une très bonne comédienne à l'avenir prometteur dans le cinéma. C'est un premier essai réussi pour Louane. Elle est juste stupéfiante de naturel.
Eric Elmosnino qui tient le rôle du professeur Thomasson, est hilarant. Blasé par son quotidien car il n'a pas pu concrétiser son rêve ; n'en reste pas moins généreux avec ses élèves, ne modérant pas ses mots pour les motiver.
Le film en dehors du ressort comique qu'apporte la langue des signes, nous amène à une introspection, une réflexion sur la différence, l'acceptation et sur le regard que chacun de nous peut poser sur les handicapés.
Tout au long du film, les scènes de chorale créent une intensité émotionnelle chez le spectateur du fait des interprétations remarquables des élèves. La chanson "je vole" de Michel Sardou, interprétée magistralement par Louane, n'est pas dénuée de sens et justifie le thème du film : la famille et l'éloignement.
La Famille Bélier, une comédie, attachante, drôle, poignante, "goupillée" par un réalisateur de génie, portée par des comédiens plus que talentueux ; à aller voir en famille, entre amis pendant les fêtes de fin d'années et au-delà.
Rencontre avec Eric Lartigau, un réalisateur généreux dont le thème de prédilection est la famille.
Nathalie Guimier : L'histoire est tirée d'un livre de Véronique POULAIN. Est-ce une histoire vraie ?
Eric Lartigau : Ce n'est pas une histoire tirée du livre. Le livre est venu bien après. C'est tirée de l'auteur, Véronique POULAIN qui était l'assistante du père de la scénariste : Victoria BEDOS. Son père, Guy BEDOS avait une assistante qui est entendante dans une famille de sourds. Suite à cela, Victoria voit cette assistante et échange avec elle, parce qu'elle est souvent à la maison pour s'occuper de son père. Victoria échange avec elle sur les expériences, les anecdotes multiples qu'elle avait avec ses parents et décide du coup d'écrire un scénario là-dessus. Véronique POULAIN avait depuis plusieurs années, ce projet de livre sur ses parents. Elle l'a fait pendant qu'on tournait. Cela a dû arriver au même moment.
N. G. : Comment le scénario de Victoria BEDOS, vous est-il parvenu ?
E. L. : En prenant un verre au restaurant. On a croisé les producteurs de JERICHO : Philippe ROUSSELET et qui m'ont dit : " çà fait longtemps qu'on pense à toi pour un projet. Qu'est-ce que tu fais en ce moment". Je leur ai dit : "Je travaille sur un scénario sur une famille". Ils m'ont demandé où j'en étais. Je leur ai répondu "page blanche". Ils m'ont dit ! "Nous, on a une famille, La Famille Bélier". Ils ont insisté pour que je lise le scénario. J'étais quand même engagé ailleurs. J'ai quand même lu le scénario, çà m'a accroché. J'ai appelé mon producteur pour lui dire que j'étais très embêté. J'ai une famille, un scénario qui est prêt. Je peux tourner dans un an. En fait, çà a pris plus de temps que prévu car j'ai réécrit pendant six mois pour mettre dans ma musique, à ma sauce. J'ai réécrit mes personnages. Mon point de vue était surtout sur l'adolescente. J'avais envie de raconter la famille, les parents. Comment ils vont vivre ce détachement, cette séparation du départ de leur enfant, du cocon familial.
N. G. : Dans l'histoire, c'est comme dans toutes les familles, il y'a aussi le côté très cocon de la famille. Mais aussi le côté très carcan.
E. L. : Absolument. Tout ce qui nous emprisonne. Ce sont tous ces paradoxes là et ces reliefs qui m'attiraient. C'est toujours passionnant la famille. Il se passe toujours quelque chose. Les relations sont quelquefois dans le déni, la paranoïa, cette espèce de non-communication que l'on peut avoir avec ses parents qui plus est ici les parents sont sourds mais c'est un prétexte. L'amour que l'on peut ressentir dans une famille : les joies, les pleurs. Ce sont tous ces reliefs qui m'intéressait de regarder, d'observer.
N. G. : Justement, on parlait de joies, de pleurs. C'est une comédie mais une comédie très touchante. On finit presque avec "la gorge serrée".
E. L. : La séparation, c'est toujours assez compliqué. Cela peut entraîner des émotions. Le but était de raconter l'histoire de Paula. C'était le thème du film. C'est son point de vue à elle qui est raconté de la première à la dernière image par Louane. Celui de suivre ce parcours un peu chaotique qui est celui de l'adolescence où on est pas complètement formé. Le corps est en pleine mutation. On a un peu la tête dans les épaules, un peu agressif. Un peu tout quoi.
N. G. : L'adolescence est un thème béni pour faire un film ?
E. L. : Oui, car l'adolescence est une période pleine de contradictions. C'est çà qui est "excitant".
N. G. : Louane est magnifique, incroyable dans le film. Comment est-elle arrivée sur le casting ?
E. L. : Par pur hasard. Comme quoi. On avait fait un casting classique avec des jeunes adolescentes comédiennes. Et il fallait, comme on lui découvre un don pour le chant, trouver une voix avec ce corps. En fait, celle qui correspondait le mieux sur les 80, n'avait pas une jolie voix. A un moment, j'ai dit que ce n'était pas grave : on va doubler. Le lendemain, je me suis dit qu'on ne pouvait pas tricher la-dessus. Il faut avoir de l'émotion. Il faut que j'ai de l'émotion en direct parce que si je ne l'ai pas, c'est inintéressant. A ce moment là, un ami m'a appelé en me disant de regarder The Voice et qu'il avait vu deux filles très bien. Il m'a dit : "je sais que tu cherches une chanteuse". Je lui ai répondu :"Je cherche une comédienne qui sache chanter. Pas une chanteuse qui ne sache pas jouer". Et en fait, je l'ai fait à l'envers. Dès que j'ai vu Louane, elle m'a impressionnée. J'ai été scotché par son interprétation et ce qu'elle dégageait. Cette espèce de fragilité à la fois, paradoxalement très ancrée dans la réalité, au sol. Elle a quelque chose de terrien et qui me plaisait énormément. Sa fraîcheur, cette fragilité et surtout cette innocence qu'elle porte vraiment en elle. Alors, on a fait des essais. On s'est vu. Les essais n'étaient pas bons et çà ne fonctionnait pas. Mais je savais que c'était elle. C'est curieux. C'est l'instinct qui a été le plus fort. J'ai plutôt une tendance à écouter mon instinct. Je me suis dit : "C'est pas possible. Il se passe quelque chose. Donc, je veux continuer et je veux savoir pourquoi j'ai flashé sur cette jeune fille". Alors, on a fait une une improvisation où elle a dit une phrase totalement anodine du style : " je ne pense pas que pourrais venir". Et là, j'ai vu dans : son regard, sa manière, son phrasé, quelque chose de super joli comme un moment suspendu. Et je me suis dit : "maintenant, ces quatre secondes, il va falloir les étirer sur 1h40". C'est parti de là.
N. G. : Karine VIARD et François DAMIENS n'en sont pas à leur première collaboration. Comment avez-vous eu l'idée de les réunir ? et surtout : Comment ont-ils appréhendé la langue des signes ? Comment se sont-ils préparés ?
E. L. : En fait, quand j'écris, je vois tout de suite le visage des comédiens. Donc, ils se sont imposés comme çà. Eric Elmosnino aussi, en réécrivant les personnages, les caractères, les dialogues, en les précisant. J'ai tout de suite des flashs comme çà avec les comédiens. J'avais eu la même chose avec Alain CHABAT, Charlotte GAINSBOURG sur le film Prête-moi ta main. Il y'a donc eu cette évidence et après, il a fallu travailler. Déjà, ils ont accepté. Ils étaient "ultra excités" de découvrir cette langue et ce monde. Car c'est un monde à part entière. En fait, c'est rigolo : on a deux mondes en France. On a deux langues. On est entouré de gens qui parle une autre langue.
N. G. : Mais, pour eux : la communauté sourde et malentendante est dans la normalité.
E. L. : Exactement. Mais, cela, je l'ai toujours voulu. La surdité est une véritable identité pour cette communauté. D'ailleurs, Rodolphe, le personnage que joue François le dit dans le film : son handicap est son identité. Le problème de l' handicap est plus qu'un prétexte qu'autre chose. L'idée : c'est d'avancer. Ce sont des gens qui avancent. Il y'a un côté sans filtre que j'adore et que j'ai beaucoup remarqué dans la communauté sourde. Ils sont hyper cash. Ils vont droit au but. Cela prête à des situations "trash" dans le film comme la scène chez le gynécologue.
Les comédiens ont travaillé pendant six mois pour apprendre les dialogues. Pas la langue des signes car elle est vivante, complexe. C'est une langue hyper précise. En plus du signe, l'expression faciale doit être en accord avec les signes parce que autrement cela peut vouloir dire autre chose. C'est compliqué et à la fois en six mois, on a essayé de trouver les attitudes. Pour cela, on a eu de la chance de trouver un garçon absolument génial : Alexei COICA qui est prof et qui est sourd. Il leur a appris de manière ludique la langue des signes en cours individuels. En fait, Alexis avait fait ce choix d'apprentissage dans le plaisir car on apprend beaucoup mieux. La mémoire est beaucoup plus vive, se cristallise quand on est en empathie, en tout cas dans le plaisir. On apprend dans le plaisir.
N. G. : Dans votre direction d'acteurs, on remarque que Karine VIARD est beaucoup plus exubérante dans son corps. Son visage est plus très expressif alors que Francois Damiens est beaucoup plus dans la retenue alors qu'il est capable de tout. Leur avez-vous demandé d'être spécifiquement comme cela ?
E. L. : J'avais écrit les personnages un peu comme cela. Je voulais une espèce d'électron libre avec Karine. Quelqu'un de très mobile, de très maîtresse femme, de très coquette. Ce n'est pas parce que le personnage de Karine dans le film est agricultrice qu'elle ne doit pas bien s'habiller, faire attention à elle. Qu'elle ne doit pas s'amuser etc... Comme elle a un rapport avec les gens sur le marché, elle est toujours au cordeau. Je voulais un Rodolphe plus intérieur. Il s'est dessiné au fur et à mesure.
N. G. : Le film est à la fois drôle et émouvant. Comment avez-vous travaillé pour faire ressortir un sens de l'humour assez prononcé tout en utilisant la langue des signes ?
E. L. : Je ne sais pas. La comédie, c'est un rythme, assez pointu en terme de timing. Pour une situation, "une vanne", il y'a un temps donné. Si vous le dépassez où si il est trop court, "la vanne" ne fonctionne pas. Et comme là, il y'a cette langue des signes et les traductions que fait Paula. Elle fait office de pont entre le spectateur et la situation qui est vécue à la fin ou tout autre situation. Donc, il fallait trouver un rythme et c'était ultra tendu parce qu'il fallait donner suffisamment d'infos mais pas trop. Et faire aussi confiance à la situation qui était là. Cela nous fait rire en écrivant mais quelquefois, cela ne marche pas au tournage. Il faut trouver autre chose : un rythme et le calibre à cette situation comique, s'il y'en a un et s'y lancer. C'est aussi un cadre. Cela comprend beaucoup de choses en fait. Si vous êtes trop serré sur une personne, cela va plus être drôle. Si vous faîtes un mouvement qui va être trop brusque, çà ne va plus marcher. C'est une addition de chose en fait qui sont assez subjectives qui font que, après ; c'est notre métier, nous réalisateurs, d'essayer de mettre en valeurs des situations et de les rendre lisibles. Quelquefois, il y'a des choses écrites qui sont irréalisables. Il faut leur trouver une place à l'image. C'est très différent le passage de l'écriture au film, à la situation réelle. C'est encore autre chose: c'est une autre écriture de mettre en image.
N. G. : Vous n'aimez pas trop storyboarder ?
E. L. : En effet, je n'aime pas trop storyboarder. Mais, j'ai toujours le film en tête. J'ai toujours une musique en tête du film et même des cadres très précis. Quand je découpe une scène le soir pour le lendemain, c'est-à-dire une séquence, par exemple : "Paula rentre à droite par la porte", je sais où me mettre avec la caméra. Mais, quand j'arrive sur le plateau, je veux souvent autre chose pour bousculer le film que j'ai en tête. Je veux essayer de lui donner un autre relief. J'aime bien me faire surprendre par des choses qui n'étaient pas prévues : tout d'un coup, un geste qui va remplacer trois répliques. C'est çà qui est intéressant.
N. G. : Vous leur laisser un peu de marge, justement à vos acteurs ?
E. L. : Moi, je les amène où il me semble bon d'aller. Quelquefois, c'est à l'opposé de ce qu'ils croient alors qu'ils ont lu lu 15, 30 fois la scène. On va à l'opposé dans le jeu et tout d'un coup ils comprennent : ah, mais oui, bien sûr évidemment. C'est très rigolo. Il existe deux cent manières de jouer une scène. Les acteurs comprennent le rythme et la manière d'amener l'information. C'est çà qui est génial avec des comédiens comme cela car ils ont une rapidité de compréhension. Après, le lâcher prise est énorme. Quelquefois, ils proposaient des choses. Mais, l'improvisation, c'est très compliqué : "alors, attends qu'est ce que je vais dire ? ". (Rires).
N. G. : François DAMIENS et Karine VIARD sont d'énormes acteurs. Cela ne vous est pas venu à l'esprit de dire : "Non, pour une fois, je vais travailler avec des acteurs malentendants " ?
E. L. : Non, je n'y ai pas pensé un quart de seconde. Pendant le tournage, on en a parlé. On a demandé des aides à un centre qui nous a répondu : "on ne vous aide pas si les comédiens principaux ne sont pas sourds". Je leur ai dit que ce n'était pas le propos, que je ne faisais pas de documentaire sur les sourds. C'est une histoire. C'est un prétexte le handicap. Nous sommes tous handicapés de quelque chose dans nos têtes. Ce mot handicap n'est pas pointé, si vous voulez. Il s'avère qu'après, on touche à une communauté. Il faut respecter ses codes. 95% des sourds étaient "ultra excités" même si c'étaient des comédiens entendants. Ils disaient : "c'est super, on va parler de nous. On va regarder". D'ailleurs, au débat, quand on fait des projections pour les sourds et malentendants, les gens sont heureux qu'on les ai regardés comme cela. Ils disent : "punaise ! vous montrez à tout le monde qu'on est comme vous". A cela, je leur réponds :" Mais pourquoi, vous ne le seriez pas?". C'est cela le truc de différent : ce sont des choses qui nous rassurent de caser les gens, de mettre dans des cases des choses que l'on ne comprend pas. On met de côté. On tourne la tête. On se fait peur. On se provoque des peurs là où il n' y' en a a pas. C'est complètement humain. C'est rigolo de dépasser çà aussi. Parce qu'en fait, quand vous dépassez, vous vous rendez compte que c'est super riche, qu'il y'a mille choses à apprendre.
N. G. : Quelle a été la principale difficulté pour Louane dans l'interprétation du rôle de Paula ? Je pense à la langue des signes.
E. L. : La difficulté pour Paula est supplémentaire aux autres. Karine et François signent parce qu'ils sont sourds et n'oralisent pas. Louane doit oraliser et signer. C'est hyper compliqué parce que la syntaxe n'est pas la même en langue des signes. Elle ne signe pas ce qu'elle dit dans l'ordre. Donc, c'est un peu un "vrai boxon". Par exemple, je vais à la ferme est traduit en langue des signes par : ferme, aller, je vais. Pour dire : "je vais à la ferme demain", elle signe : "ferme, aller, demain". Donc, dans le cerveau, c'est un vrai bazar. Et puis, dans le cerveau d'une adolescente, je vous raconte pas. C'est déjà un "boxon" et on en rajoute une couche. (Rires). Mais, c'est çà qui est fabuleux chez Louane. Sa capacité, c'est un disque dur. La capacité d'apprentissage qu'elle a : Wahoo ! Elle est passionnée par les langues. Cela a beaucoup aidé. Elle parle anglais, espagnol, portugais. Pratiquement couramment les trois langues. Elle a vraiment une facilité. Elle va défendre la langue des signes au bac, en option.
N. G. : Michel Sardou a vu le film ?
E. L. : Oui. Il est hyper content. C'est très curieux d'entendre ses textes dans la bouche de ces adolescents, de cette chorale. Il m'a dit : "je redécouvre les textes moi-même". Forcément, c'est une autre couleur, une autre fenêtre qui est ouverte sur ses chansons.
N. G. : Oui, parce que pour les jeunes, c'est un peu ringardien. Michel Sardou a cette capacité d'entendre çà ?
E. L. : Oui, oui. Il s'est très bien où il est. Il est très intelligent. Il a d'ailleurs fait une analyse très étonnante du film. Il est parti en monologue pendant trois minutes et j'ai été assez scotché. J'étais à Bordeaux à ce moment là. On sortait d'une salle. Il nous a fait une analyse du film très ouverte, très fine avant même de parler de lui. Il parlait de l'histoire, de ce que çà racontait. Il m'a dit : "c'est quand même très casse gueule ce que vous avez fait." Oui, mais c'est çà qui est rigolo : c'est d'essayer de faire des choses qui sont casse-gueules. Parce que sinon, on s'ennuie.
N. G. : Vous travaillez sur d'autres films, la famille, j'imagine ?
E. L. : Oui, oui sur la famille. (Rires). Un producteur, un jour m'a dit : "Tu ne vas pas cesser de parler çà. C'est ton sujet". Chaque réalisateur a un sujet. Cela a commencé avec Prête moi ta main. C'est la famille par un autre biais, une autre fenêtre. La famille bélier aussi. Là, je suis sur deux sujets mais cela va se préciser. Je vais choisir dans les quinze jours. C'est sur la famille mais d'un autre prisme encore. La famille, c'est riche comme sujet. C'est infini.
N. G. : Toujours sur le ressort de la comédie ?
E. L. : Oui, une comédie. Mais les deux histoires sont différentes. Ce sera un peu dramatique aussi.
N. G. : Vous êtes au trois quart de la tournée. Le film a été bien accueilli. Il a, je crois reçu une récompense.
E. L. : Oui, une nomination pour le meilleur espoir aux Césars. C'est agréable. C'est curieux parce que tout d'un coup, le film existe quoi. C'est très bizarre ce concret. J'arrive pas à m'y faire. C'est toujours une surprise. De ville en ville, j'angoisse à chaque fois. Comment les gens vont le recevoir ? Comment vous allez être perçu ? Comment les gens vont recevoir cette proposition car un film est une proposition. Après, c'est un engagement. Ce sont des choix. Est-ce que ces choix vont être entendus ? C'est la question que l'on se pose à chaque fois qu'on fabrique quelque chose. Est-ce que çà va être compris ?
N. G. : en deux mots, (rires) les signaux sont encourageants.
E. L. : Oui, c'est agréable. Les retours sont bienveillants.
Propos recueillis par Nathalie Guimier
Critique : cinéma ittérature musique thêatre
Auteure
A vos agendas :
La Famille Bélier d' Eric Lartigau: Sortie en salle le 17 décembre 2014 avec dans le rôle de :
. Rodolphe : François DAMIENS
. Gigi : Karine VIARD
. Paula : Louane EMERA
. Quentin : Lucas GELBERG
. Monsieur THOMASSON : Eric ELMOSNINO
. Mathilde : Roxane DURAN
. Gabriel : Ilian BERGALA
Bande-annonce du film : https://www.youtube.com/watch?v=tEgw97vpkDM
