Gérard Jugnot : son grand retour au théâtre avec une nouvelle création de Francis Veber.
Jouée plus de 350 fois, la pièce de théâtre à succès "Cher Trésor" créée et mise en scène par le roi de la comédie Francis Veber s'est arrêtée au Centre des Congrès le Vinci le 04 avril dernier pour le plus grand plaisir du public.
Cela faisait 4 ans, depuis la pièce "Le paquet" qu'il n'était pas revenu au théâtre. Dans la nouvelle comédie, très actuelle, "Cher Trésor", Gérard Jugnot campe un François Pignon, personnage fétiche de Veber, qui apparaît sous les traits d'un chômeur, sans le sous, abandonné par sa famille, ses proches. Il ne va pas bien. Et pourtant, il ne baisse pas les bras. Pour retrouver une certaine considération, redevenir quelqu'un d'important aux yeux des autres, il a une idée de génie : simuler un contrôle fiscal qui évidemment va se retourner contre lui car ce qui est drôle c'est que c'est François Pignon qui supplie le rigide Monsieur Toulouse de le contrôler d'où les ressorts comiques basés sur cette situation paradoxale : tout citoyen redoute normalement un contrôle fiscal.
Gérard Jugnot apporte à son personnage, son sens de l'empathie, sa gentillesse, sa simplicité qui le caractérisent si bien, et que le public apprécie chez le comédien. Le public a envie de de s'identifier à lui.
Bien sûr, le comédien tire les wagonnets mais il est servi par une belle distribution comme il aime à le souligner. Tous ont des beaux rôles : Alexandra Vandernoot est épatante, lumineuse dans le rôle de Christine. Michèle Garcia est très drôle dans celui de Marie. Tout cela se ressent dans la pièce et l'on imagine très bien la magnifique ambiance, complicité qui doit régner au sein de la troupe.
Cher Trésor est une pièce drôle, délirante, à rebondissements. Ce à quoi on ne s'attend pas fonctionne bien. Les dialogues sont bien ciselés avec un grand sens de la répartie.
Cher Trésor est une comédie qui jette un regard grinçant sur la société qui nous entoure.
Les scènes entre Olga (la magnifique Irina Ninova) et Pignon sont très attachantes, attendrissantes. Le coup de théâtre, procédé, si cher à Francis Veber, est très présent dans la pièce : laissons au public le soin de le découvrir.
La morale de la pièce est que ce n'est pas le fait d'être riche qui est important mais le fait que les autres vous croient riche.
Rencontre avec Gérard Jugnot, Alexandra Vandernoot et Michèle Garcia qui nous parlent avec enthousiasme de la pièce et de leur personnage respectif.
Nathalie Guimier : Bonjour à tous les trois. Merci de ce temps d'échange pour évoquer avec nous la pièce et vos personnages.
Gérard Jugnot, Alexandra Vandernoot et Michèle Garcia : Bonjour Nathalie. Merci à vous.
Nathalie Guimier : Gérard, c'est votre grand retour au théâtre. Est-ce que c'était important que ce soit pour une pièce de Francis Veber ?
Gérard Jugnot : Non, c'était important pour une pièce pour lequel j'ai un coup de foudre, et çà été le cas.
N. G. : Justement, ce nouveau François Pignon que vous incarnez semble avoir été écrit sur mesure pour vous ? Etait-ce le rôle que vous attendiez pour revenir au théâtre ?
G. J. : Non, bizarrement. C'est un secret pour personne mais le rôle avait déjà été refusé et quand Francis Veber me l'a proposé, j'ai trouvé çà vraiment bien. Et là on est parti pour l'aventure. Il y'a une histoire de contrôle fiscal. Ca ressemble trop au Dîner de cons mais pas tout. Je trouve la pièce formidablement écrite et surtout elle est très équilibrée. C'est-à-dire que moi j'ai un beau rôle bien sûr. Je tire les wagonnets mais les autres comédiens ont aussi des beaux rôles et c'est pour çà que l'on est heureux de jouer cette pièce depuis longtemps.
N. G. : On peut dire que c'est une pièce chorale ?
G. J. : Pas vraiment chorale mais équilibrée. On rit beaucoup. Les rires sont partagés. Une pièce qui monte avec plein de surprises. C'est une pièce parfaite.
N. G. : Après Pierre Richard, Jacques Brel, Jacques Villeret ou encore Daniel Auteuil, vous incarnez donc un nouveau François Pignon. Comment le définiriez-vous ce personnage ?
G. J. : C'est un Pignon, on dirait toujours çà, qui aurait vu le Dîner de cons. Il se serait dit "on ne va pas m'avoir ce coup-là". Donc, il va essayer de tirer les ficelles. Et puis, évidemment, il va se prendre les pieds dedans. C'est le principe de la comédie. Mais, c'est un personnage plus malin.
N. G. : En quoi diffère -t-il des autres François Pignon ?
G. J. : Il est évidemment pas pareil que les autres parce que Pignon, ce n'est pas l'Avare, ni le Tartuffe.
Ce n'est pas un personnage écrit. Il diffère de pièces en pièces. Francis (Veber) adore appeler son personnage François Pignon. Ce sont un peu des cousins donc forcément les acteurs qui l'interprètent apportent leur personnalité. Mon personnage est plus proche de Auteuil que de Villeret.
N. G. : Un chômeur qui simule un contrôle fiscal, c'est assez surprenant, assez exagéré ?
G. J. : Cà c'est le principe de la comédie.
N. G. : Ce n'est pas dans la logique des choses.
G. J. : Il n y'a rien qui est dans la logique des choses dans cette pièce. Et c'est çà qui est rigolo et en même temps çà pourrait exister.
N. G. : Comment avez-vous travailler votre personnage ?
G. J. : Assez simplement. Je lis et j'essaie de de jouer ce qui est écrit. En travaillant surtout sur l'empathie. C'est important, l'empathie car les gens vont s'identifier à moi et vont être contents de ce qui va m'arriver de bien comme de mal dans la pièce. Un auteur va créer une veste, un costume et l'acteur va rentrer dedans (le déformer un peu, le tirer). Francis a réécrit des choses en fonction de ce qu'on a travaillé au début.
N. G. : Cela doit être un honneur pour vous de prendre la succession, d'intégrer la grande famille des François Pignon ?
G. J. : C'est un honneur de jouer une pièce de Veber car c'est une nouvelle création. Cette pièce je m'en suis imprégné.
N. G. : En regardant votre parcours, on retrouve toujours dans vos personnages au cinéma et au théâtre, votre regard sur la société qui nous entoure : par exemple, dans le film "une époque formidable" où vous teniez le rôle d'un SDF ou encore dans une période plus sombre de notre Histoire, dans "Monsieur Batignole", le rôle d'un faux juste.
G. J. : Oui, c'est vrai que quand je fais des films, quand je les écris et souvent quand je les choisis parce que je ne les ai pas tous écrit ; j'essaie qu'ils parlent de choses qui concernent les gens. Même quand c'est un film historique comme "Rose et Noir" qui a pas eu beaucoup de succès et qui parle de l'Inquisition, de Guerres de Religion, c'était important pour moi. J'aime bien faire rire les gens, mais j'aime aussi que çà les concerne ou alors là ils ne rient pas.
N. G. : On retrouve dans la pièce des références au Dîner de cons. Pourrait-on imaginer "Cher Trésor" comme la suite du Dîner de cons ?
G. J. : Un petit peu oui. Mais c'est vrai que c'est une pièce assez différente. Cela a troublé le public parce qu'il y'avait évidemment le contrôleur fiscal. C'est un personnage récurrent.
N. G. : Comment expliquer vous le succès de la pièce ?
G. J. : D'abord parce qu'elle est drôle. Elle parle aux gens et que Veber a du talent et nous les comédiens un petit peu aussi (il sourit).
N. G. : Alexandra, c'est votre quatrième collaboration avec Francis Veber. Heureuse de le retrouver ? Cela doit être un réel plaisir de retravailler avec lui ?
Alexandra Vandernoot : Oui. Surtout que j'avais joué dans le jaguar, le dîner de cons et le placard. Il m'a appelée quand la pièce était en cours d'écriture, en me disant "Voilà, j'ai un rôle pour toi. Enfin, je pense à toi pour un rôle. Est-ce que çà te plairait de refaire du théâtre ? Donc, j'étais super contente parce que nous n'avions pas travaillé ensemble depuis le placard. C'est vrai que c'est toujours une preuve de confiance quand un metteur en scène vous redemande une fois de plus. Vraiment, je suis super contente.
N. G. : On avait quitté le personnage de Christine dans le dîner de cons. On retrouve votre personnage dans la pièce Cher Trésor. On pourrait penser qu'il y'aurait un petit lien entre les deux pièces comme si c'était la suite de Cher Trésor. Par exemple, le contrôle fiscal, les tableaux.
A. V. : Ah oui, c'est intéressant çà. C'est vrai que ce sont des sujets qui plaisent, qui tiennent beaucoup à coeur à Francis. Il y'a une famille là-dedans en tout cas, un vrai lien de parenté.
N. G. : Le personnage que vous campez dans la pièce est-il différent du personnage de Christine dans le dîner de cons ?
A. V. : Oui. Mon personnage est très différent car ici c'est une femme qui est extrêmement arriviste et vénale qui est décoratrice d'intérieur et très intéressée par l'argent. A partir du moment, où elle va croire que Pignon est riche, elle va s'intéresser à lui, alors qu'elle ne le considérait même pas avant. En fait, elle est extrêmement sincère dans sa vénalité. Elle est assez cash et c'est çà que j'aime bien. Elle ne cache pas ses sentiments. C'est toujours rigolo de jouer un personnage qui est à l'opposé de ce que l'on est car si l'on jouait que des personnages qui nous ressemblent, on s'ennuierait un peu.
N. G. : Michèle. Qui est Marie dans la pièce ?
Michèle Garcia : Marie est ex Marie Pignon. Elle était la femme de François Pignon. Elle a vécu une vie misérable avec lui et l'a quitté. Elle s'est installé avec un autre type qui n'est pas mieux voir pire. Quand elle voit qu'il y'a des bruits qui courent qu'il y'aurait de l'argent à ramasser, elle se demande pourquoi : pendant qu'elle vivait avec lui avec ses deux enfants qui ne sont pas de lui, ils en avaient pas profité. Donc, elle vient chercher son dû.
N. G. : Les pièces de Francis Veber ont toutes un caractère social ?
M. G. : Complètement.
N. G. : Et c'est pour çà que les pièces de Francis ont du succès et que cela fonctionne bien.
M. G. : Cette pièce est un grand succès car Gérard fait son grand retour au théâtre. Le sujet est d'actualité et aussi parce que la pièce est servie par une belle distribution. N'ayons pas peur des mots. C'est tout à fait çà. Gérard, tout le monde le revendique.
N. G. : Vous êtes tous au même niveau ?
M. G. : Oui, on a tous des rôles supers.
N. G. : Quand j'ai vu la distribution, je me suis dit : "la pièce ne peut être que drôle, délirante avec un petit brin d'humanité, de sensibilité, de fantaisie".
M. G. : Aucun de nous cherche à faire rire car quand on regarde la pièce, ce n'est pas drôle. C'est terrible.
N. G. : Depuis quelles années, les comédies au cinéma et au théâtre contiennent des petits messages qui sont sous-entendus. Il faut les percevoir.
M. G. : Cela reste humain. Autrement, cela reste un dessin animé. Il y'a des moments dans la pièce où les gens rient. Mais on reste très sérieux. Je crois que c'est le secret de la comédie et que l'on joue la situation c'est tout. Personne n'essaie de faire rire. Il n y'a pas besoin car les mots et les situations sont là.
N. G. : La réception quand c'est au théâtre, c'est de l'instantanée.
M. G. : Bien sûr. Francis a puisé dans le registre grinçant et dans le côté noir de l'humain et c'est de là que tout se nourrit. Il n y 'a pas de secret.
Propos recueillis par Nathalie Guimier
Critique : cinéma littérature musique théâtre
Auteure.
Crédit photos : Nathalie Guimier
